• Émile Ackermann

Hannoukah - Idéologie et Halakha


Introduction


Le Grand Rabbin Séfarade d’Israel Yitzchak Yosef nous enseigne au nom de son père dans le Yalkout Yosef que “les femmes qui se trouvent dans la partie qui leur est réservée à la synagogue peuvent s’associer et compter dans le quorum des 10 personnes requises pour l’allumage public”[1]. Ce qui est surprenant, les femmes ne comptant normalement pas dans le quorum de 10 hommes requis pour la prière publique.



Pourtant, le même R. Yitzhak Yosef a récemment émis un avis particulièrement tranché évoquant notamment le désir des “Femmes du Mur” (Nashot Hakotel) d’allumer publiquement les bougies de Hanoukah au Kotel, car “bien que les femmes soient halakhiquement obligées (hayavot) de réaliser la mitsva de Hannoukah, elles ne le sont qu’au sein de leur maison, et non pas à la synagogue ou dans l’espace public, qui est une affaire d’hommes”[2].



Cet avis a relancé de nombreuses polémiques au sein du monde religieux. De plus, l’accusation du Grand Rabbin envers les Femmes du Mur (celle de ne pas êtres intéressées par la pratique des mitsvot mais d’avoir un agenda idéologique féministe incompatible avec les valeurs de la Torah) reçoit de nombreux échos au sein du monde traditionnel.



Pourtant, les rabbins eux-mêmes sont-ils immunisés quant aux idéologies ? Peut-on clairement discerner ce qui relève de la Halakha, de la tradition juive d’un côté et ce qui relève de l’idéologie ou d’une invasion de la modernité ?



Nous proposons aujourd’hui de mettre en évidence que quelque soit la lecture de la Halakha, il y a toujours une prise en compte d’éléments extérieurs qui souligne la présence d’un biais idéologique : le conservatisme comme le progressisme répondent tous deux à une lecture différente des défis et enjeux de la société actuelle et de ce que devrait être le judaïsme pour continuer à porter un message fort pour les générations à venir. Ainsi, la lecture conservatrice du Rav Yitzhak n’est pas “fausse”, mais simplement, à notre avis, moins pertinente pour l’avenir du Judaïsme.


Aux origines de la mitsva


Le cas ici présent nous donne une très bonne occasion de développer cette question qui touche tous ceux qui se revendiquent de l’orthodoxie.

En effet, quel comment le rôle des femmes à Hannukah est-il pensé à l’origine dans les textes de notre tradition ? Quel rapport à l’obligation d’allumer les bougies les femmes entretiennent-elles par rapport aux hommes ? Il convient de retourner d’abord à la source halakhique première concernant cette fête, le Talmud.



Dans le traité Shabbat 23a, les Sages nous enseignent :



“אשה ודאי מדליקה דאמר רבי יהושע בן לוי נשים חייבות בנר חנוכה שאף הן היו באותו הנס"


Il est évident qu’une femme allume, comme l’a dit Rabbi Yehoshua fils de Lévi : “Les femmes sont incluses dans l’obligation d’allumer les bougies de Hannoukah car elles aussi ont fait partie du miracle”


Il semble donc que l’inclusion des femmes dans la mitsva soit “évidente”, ce qui est répété quelques lignes plus loin par Rav Sheshet, qui affirme que depuis qu’il est marié, “il est évident que sa femme allume pour lui et l’acquitte de l’obligation”[3]. Dans la loi juive, on ne peut acquitter quelqu’un de son obligation que si l’on a le même niveau d’obligation. Ce passage semble donc nous indiquer qu’il n’y a pas de séparation à faire entre hommes et femmes à ce sujet.



Cela semble toutefois concerner principalement le cadre du foyer, même si l’obligation portant sur le foyer était en fait à l’origine d’allumer dehors, “devant la porte”[4], et donc qu’on parle de femmes qui allument à l’extérieur. On pourrait aussi se demander s’il existe un exemple d’obligation qui aurait lieu à l’intérieur mais pas à l’extérieur, qui expliquerait que l’on dissuade les femmes d’allumer en public.



Or, pourquoi allumer dans la synagogue ? Afin de réaliser une des obligations secondaires de Hannoukah liée à l’allumage des bougies, qui n’est autre que la “publication du miracle” (pirsumei nissa). Celle-ci consiste dans le fait de s’assurer qu’un maximum de personnes prennent conscience du grand miracle qui a été accompli pour le peuple d’Israel en ce jour[5].

C’est ainsi qu’il est écrit dans le Shulkhan Aruch, le code de loi juive dont la majorité des décisions font autorité encore aujourd’hui chez les juifs orthodoxes, au chapitre 671 dans Orach Hayim :





אורח חיים תער״א

ובבית הכנסת מניחו בכותל דרום [...] ומדליקין ומברכין [בבית הכנסת] משום פרסומי ניסא: הגה ואין אדם יוצא בנרות של בית הכנסת וצריך לחזור ולהדליק בביתו



“ Et à la synagogue, on place [les bougies de Hannukah] à la porte du sud, [...] et on les allume et on fait la bénédiction sur elles au nom de la publication du miracle”


Et le Rema rajoute ensuite :



“mais personne ne se rend quitte [de son obligation d’allumer les bougies de Hannukah] par [l’allumage] des bougies de la synagogue, et on doit refaire et allumer chez soi.”


Ainsi, l’obligation d’allumer les bougies de Hannukah inclut au même niveau les hommes et les femmes, et l’allumage public à la synagogue n’acquitte pas de cette obligation : cet allumage est donc une action “de moindre importance” halakhique comparé au véritable allumage au sein du foyer. De plus, le Rav Yitshaz Yosef lui-même dit dans le Yalkout Yosef[6] au nom de son père :




“[...] Et aussi les femmes qui se trouvent dans la partie qui leur est réservée à la synagogue peuvent s’associer et compter dans le quorum des 10 personnes requises pour l’allumage public, pour qu’ensuite plus d’hommes arrivent pour qu’il y ait minyan à la synagogue [pour prier].”

Il précise aussi ailleurs que le Kotel a exactement le même statut qu’une synagogue[7].



L’une des notes de bas de page nous informe “que comme les femmes sont aussi incluses dans l’obligation de l’allumage des bougies de Hannoukah, il est évident qu’elles se joignent au quorum de 10”. Une autre note de bas de page nous donne une précision supplémentaire : il faudrait tout de même une majorité d’hommes pour pouvoir associer les femmes (6 hommes - 4 femmes) et non l’inverse.



Ce qui confirme la logique de la mitsva de Hannukah; il ne serait a priori pas sensé d’exclure d’une mitsva “secondaire” (la publication du miracle) des personnes obligées dans la mitsva “première” (l’allumage des bougies).


Les raisons de l'exclusion


Alors, si de manière technique et logique il semble tout à fait légitime d’inclure les femmes dans l’allumage public, et donc qu’elles devraient pouvoir le réaliser elles-mêmes si elles comptent dans le quorum et ont une obligation de même niveau que celle des hommes, d’où vient l’interdiction exprimée par le Rav Yitzhak Yosef ?



Il l’exprime ici [8]:



“En général, une femme n’allume pas les bougies de Hannukah lorsque son mari est à la maison [et le fait lui-même pour elle]. [...] La raison pour cela est celle qu’a écrite le Hatam Sofer (Shabbat 21b), “que [les Sages du Talmud ont] institué que les bougies de Hannukah se trouvaient à l’entrée de la maison dehors, [et le Hatam Sofer pense donc qu’]ainsi une femme ne doit pas allumer les bougies de Hannukah, afin de ne pas aller à l’extérieur, comme il est dit “Toute la gloire d’une princesse est dans son intérieur” (Psaumes 45, 14).”

Ainsi, nous en revenons au problème de la “tsniout”, la pudeur, et à l’idiome “Kol Kevoda Bat Melekh Penima” qui a fréquemment été invoqué pour justifier l’exclusion des femmes de la participation à la vie publique, au nom de leur préférence supposée pour la sphère privée et intime du foyer. D’aucuns objecteront que cet axiome (“kol kevoda”) n’est pas une invention récente, puisqu’il s’agit d’une interprétation d’un verset des Psaumes, mais traduit au contraire ce que l’on pourrait décrire comme un présupposé essentialiste de nos textes eux-mêmes, qui auraient pris soin d’exclure explicitement les femmes de tout ce qui touche à la sphère publique. En d’autres termes, le Hatam Sofer et le Rabbin Yitzhak Yossef ne feraient que préciser ce qui est évident : la tradition implique clairement que les femmes ne sauraient allumer en public lors de Hanoukka.


Or, il n’en est rien.

Il est en effet très surprenant que le Hatam Sofer soit le premier, à la fin de XVIIIe siecle, à avancer cet argument. Les Sages du Talmud, lorsqu’ils développent pendant plusieurs pages la mitsva de Hannukah et qu’ils y incluent les femmes, auraient-ils “oublié” quelque chose ? Se seraient-ils “trompés” ? Pourquoi ne pas préciser d’emblée, comme les Sages le font à d’autres occasions, qu’il est préférable que les femmes n’allument en fait jamais, même si elles ont l’obligation et la possibilité théorique de le faire ? Les Geonim et les Rishonim seraient-ils passés à côté d’un élément qui n’est pas des moindres, le fait qu’il fallait faire en sorte d’éviter à tout prix que les femmes quittent la sphère privée et comptent au minyan à la synagogue, et a fortiori qu’elles allument aux côtés des hommes ?



D’ailleurs, la citation exacte du Hatam Sofer[9] est plus détaillée :


“[...] A mon avis[10], au départ lorsque les Sages ont institué que la mitsva de Hannukah pour un homme et sa maison était d’allumer à la porte de la maison, dehors, et qu’ils se trouvaient des juifs qui voulaient faire la mitsva au niveau supérieur[11] qui sortaient et allumaient eux-mêmes en plus de l’allumage du “maître de maison”, alors il ne se trouvait pas une femme qui cherchait à accomplir le niveau supérieur de la mitsva, car ce n’est pas à son honneur (en hébreu “Kevoda”, sûrement une référence au verset de Tehilim) de sortir dehors dans le domaine public pendant la nuit et allumer au milieu des hommes. Si il n’y avait pas d’homme dans sa maison alors elle devrait accomplir malgré elle la mitsva et sortir pour allumer. Donc, s’ils se trouvent des hommes qui allument ce n’est pas une marque de piété pour elle d’être plus stricte (chercher à se réaliser la mitsva au niveau supérieur) et ainsi amener sur elle un soupçon [de débauche (car elle est sortie dehors)], et maintenant que tout le monde allume à l’intérieur il n’y a pas lieu de changer le premier minhag (habitude)[...].”


Alors que le Talmud, les Geonim et les Rishonim ne nous disent rien à ce propos, le Hatam Sofer semble proposer ici sa représentation des habitudes des femmes plus de 1000 années avant son époque : sans autre source que l’allusion à l’honneur des femmes, il émet l’avis hypothétique que les femmes ne participaient pas à l’allumage hors de chez elles, ce n’aurait pas été “digne” d’elles. Ce présupposé contredit implicitement le psak du Rav Yitzhak Yossef selon lequel les femmes peuvent être comptées dans le quorum de prière, puisqu’il avance que les femmes ne seraient de toutes façons pas portées à sortir la nuit. Le cas échéant, elles ne sauraient se rendre à la synagogue. Toutefois, contrairement au Rav Yitzhak Yossef, le Hatam Sofer ne cite pas l’axiome “kol kevoda” mais y fait simplement allusion, indiquant sans doute que l’application du verset des Psaumes à cette situation ne relève pas d’une loi objective et intemporelle, ni d’une glose fixe : sinon, comment expliquer que cette notion n’ait jamais fait son apparition auparavant au fil des âges, et que le présupposé semble être inverse, c’est-à-dire qu’il semble que l’on ait présupposé une participation pleine et entière des femmes à la fête de Hanoukka ?


Outre la question de la nouveauté d’une telle extension du principe “kol kevoda”, l’on pourrait avancer que cette décision du Hatam Sofer est recevable à une époque où il serait perçu comme particulièrement malséant pour les femmes de sortir la nuit et de se rendre dans le domaine public; ce qui en soi est même à cette époque, pas forcément évident. La position du Hatam Sofer est elle-même une réaction aux mouvements d’émancipation de l’époque, qui cherche à durcir certaines positions pour se prémunir de toute influence extérieure, ce qui paradoxalement valide l’existence de cette influence, puisque le contexte sert à justifier un changement de position, qui l’invite à aller dans le sens de plus de rigueur.



Or, quoiqu’il en soit des motivations du Hatam Sofer et du contexte qu’il évoque, à l’heure actuelle il est évident que toutes les femmes orthodoxes sortent la nuit sans crainte qu’un “soupçon de débauche” pèse sur elle, que ce soit parce qu’elles reviennent du travail, se rendent à des shiurim le soir, sortent faire des courses, vont chercher leurs enfants à l’école, etc. Il y aurait donc une ironie évidente dans le fait de leur interdire l’accès à la synagogue en particulier, alors que l’honneur d’une femme n’est plus lié (et ce quel que soit le milieu observé) au fait de rester chez elle en sortant le moins possible, que ce soit le jour ou la nuit.


Entre Halakha et idéologie : la prise en compte d'éléments contemporains


Passons maintenant à l’analyse d’un second argument avancé par le Rav Yithzak Yossef dans sa décision d’interdire les femmes d’allumer : celui de l’influence décrite comme délétère des autres courants du judaïsme. En effet, selon celui-ci, il y a lieu d’être plus strict afin de s’éloigner des coutumes des mouvements massorti et réformés, à ses yeux trop influencés par le féminisme. Ainsi, le Rav Yitzhak Yosef suit la même ligne idéologique que le Hatam Sofer : face à la présence de mouvements qu’il juge néfastes, il prend en compte le contexte de son époque et leur existence pour influencer la Halakha et ainsi donner lieu à une position plus stricte. Le fait qu’un rabbin séfarade cite un rabbin ashkénaze renforce aussi l’impression qu’il cherchait activement un appui pour ses positions.



De plus, il convient de se méfier lorsqu’on utilise l’accusation envers les Femmes du Mur de ne vouloir allumer en public que pour “imiter les réformés” et “introduire des nouveautés”. Depuis quand une approche intéressée ou idéologique disqualifie un acte complètement valide ?

La première question qui se pose est celle de la remise en question systématique des motivations des intéressées : qu’est-ce qui permet de savoir si une femme qui souhaite prendre une mitsva sur elle le fait en accord avec des valeurs féministes ou par amour du judaïsme ? Ou se pourrait-il que les deux convergent ? Quoi qu’il en soit, ces exemples devraient le plus souvent être étudiés au cas par cas. Toute déclaration de principe que les femmes cherchant à être plus investies dans leur judaïsme ne le font que mues par un “féminisme” d’emblée jugé contraire à toutes les valeurs de la Torah ne saurait qu’être décourageante ou excluante pour celles-ci, et nuisible à l’avenir du judaïsme orthodoxe. A une époque où près de 40% des femmes qui quittent l’orthodoxie le font en raison de la place assignée aux femmes dans ce courant[12], il convient de réfléchir aux implications de telles déclarations : les femmes sont en train de déserter le judaïsme traditionnel par milliers parce qu’elles n’y trouvent pas leur place, et il faut tout faire dans le cadre de la halakha pour faire cesser cette hémorragie. C’est ni plus ni moins l’avenir du judaïsme qui est en jeu. Le fait de décréter de nouvelles “barrières” sous la forme d’interdictions et de restrictions inconnues auparavant pour les femmes ne va pas dans ce sens-là, et risque au contraire d’aggraver ce phénomène de désertion du judaïsme traditionnel.

La deuxième question est celle de l’accusation de “modernisme” qui vient souvent condamner la moindre initiative en faveur de plus d’inclusivité des femmes dans l’espace rituel et synagogal. Or, la valeur de la “nouveauté” ne peut se juger qu’à l’aune de nos textes traditionnels et de notre expérience : la nouveauté n’est en soi ni bonne ni mauvaise, il convient simplement de se demander si elle est compatible avec le système de pensée qui émane de nos textes, ou si on peut du moins en retrouver une trace dans notre tradition afin de la mettre en pratique sans sortir des quatre ‘amot de la halakha.

Or ici, quelle est la véritable nouveauté ? Le fait que les femmes participent de manière complète à la mitsva de Hannoukah ou l’introduction, 1000 ans plus tard, d’une hypothèse sur le juste comportement des femmes et leurs motivations supposées, a fortiori lorsque celle-ci repose sur une évaluation de l’”honneur” des femmes qui ne s’applique plus à celles-ci, peu importe leur milieu ?



Il existe bien sûr un grand nombre de sources traditionnelles sur le sujet de la “pudeur” et du comportement des femmes en société, et il ne s’agit pas de nier les textes existants auxquels il convient au contraire de se confronter pour savoir comment les appliquer à une époque où l’expérience empirique de la participation des femmes à la vie publique n’est plus guère différente de celle des hommes. Seulement, formuler une position plus stricte (leHoumra) là où il n’en existe pas jusqu’à très récemment, n’est-ce pas une innovation discutable lorsqu’elle se heurte à d’autres valeurs comme la volonté des femmes de se rapprocher de Dieu par la mitsva de l’allumage ?



C’est ainsi que l’hypothèse du Hatam Sofer sur la sortie des femmes la nuit semble être devenue Halakha complète et objective pour le Rav Ytzhak Yosef une fois de nouveaux critères pris en compte (la nécessité de s’opposer au féminisme et à la “modernité”), donnant ainsi la preuve que le processus halakhique peut faire évoluer la loi dans des directions diverses en fonctions des besoins perçus d’une époque. Cependant, lorsque la loi n’évolue que vers les opinions les plus strictes et se prononce pour interdire ce qui a toujours été autorisé dans tout ce qui touche à ce qui est considéré sans autre forme de procès comme des dérives de la société occidentale, n’est-ce pas là où l’idéologie semble donner lieu à des innovations en matière de ‘houmra, comme cela a par exemple été le cas en matière de tsniout où l’on a vu se multiplier les traités volumineux sur les longueurs de jupes et les centimètres de manches, phénomène nouveau dans le judaïsme après des milliers d’années d’évolution ? Alors que l’esprit du processus halakhique nous pousserait à analyser chaque concept et à étudier sa compatibilité avec les valeurs juives, une règle générale sans exception consistant à n’aller que vers l’interdiction nous semble confirmer la présence d’une idéologie forte de rejet total de la société ambiante plutôt qu’un processus de tri plus sain(t) qui seul permettrait au judaïsme traditionnel de garder sa pertinence et son message spécifique au sein de la société ambiante, comme il a toujours su le faire.



De plus, que signifie le fait de s’interdire des choses permises afin de “ne pas imiter les libéraux” ? Jusqu’où aller dans ce sens ? Pourquoi ne pas interdire toute démarche éthique de “tikkoun ‘olam”, au nom de la spécialisation de nombreuses synagogues libérales dans l’actualisation de ce concept traditionnel ? Cette attitude contre-productive de définition par la négative nous paraît ne pas participer à l’élaboration d’un judaïsme orthodoxe vivant et dynamique qui saurait répondre aux questionnements du XXIe siècle. N’imitons personne, ne nous définissons pas par opposition aux autres courants du judaïsme mais par une pratique et une philosophie positive, par une étude engageante existentiellement qui cherchera à donner du sens à chaque élément du quotidien. “A force d’interdire ce qui est permis, nous finirons par permettre ce qui est interdit” disait le Rav Soloveitchik. Chaque époque présente ses propres défis que nous nous devons de relever.


Conclusion


Nous concluerons qu’il est évident (vaday !) qu’une femme religieuse n’est pas soupçonnée de débauche de nos jours si elle allume au Kotel en début de soirée ou la nuit à l’heure actuelle (has veshalom !). Il semble que pour les juifs orthodoxes qui font le choix de participer à la société civile et d’avoir des interactions avec la société dans son ensemble, le modèle féminin décrit par le Hatam Sofer ne nous semble ni idéal ni actuel.



Or, le Kotel, qui est le lieu qui accueille le plus de juifs au monde chaque jour, de tous horizons, ne devrait-il pas refléter la “lumière” du peuple juif, pour lui-même et pour les Nations; et ainsi représenter toutes ses facettes ? S’il n’ya pas de lecture sans biais, il n’y a pas de lecture unique. En prendre conscience est essentiel. Pour que le Kotel puisse appartenir intimement à tous les juifs, il est indispensable de permettre aux femmes juives de louer leur Dieu aux côtés des hommes en public comme en privé, en récitant en choeur “qui a fait des miracles pour nos ancêtres”.



Hannouka Sameah !



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[1] https://www.hidabroot.org/article/238157

[2] https://www.kikar.co.il/abroad/340350.html

[3] On pourra s’en assurer à travers un responsum récent d’Ovadia Yossef, dans lequel celui-ci confirme que sa propre femme l’acquittait de son obligation d’allumer les bougies de Hanoukka : שו"ת יחווה דעת חלק ו סימן מג

[4] TB Shabbat 21b

[5] Orchot Hayim, Hilchot Hannuka 17

[6] הלכות בנושא הדלקת נר חנוכה בבית הכנסת - מתוך ילקוט יוסף, קיצור שולחן ערוך, מפסקי מרן הרב עובדיה יוסף זצ"ל


[7] https://www.hidabroot.org/article/238157

[8] https://www.hidabroot.org/article/238157

[9] Shabbat 21b, “Ve Hamehadrin”

[10] Emphasis mine

[11] Voir Shabbat 21a, il y a trois niveaux à la mitsva : le normal, le “mehadrin” (meilleur), et le “mehadrin min hamedrin” (le mieux du mieux, ou comme on dirait aujourd’hui, le “top du top”; nous parlons ici du niveau intermédiaire, qui veut que chaque personne de la maison allume une bougie, alors que le premier niveau serait que le “maître de maison” en allume une pour tous, et le dernier, celui que nous faisons aujourd’hui, est que chacun allume autant de bougies que de jours.

[12] Nishma Survey 2016. Il s’agit des chiffres pour les Etats-Unis.

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